Crise de la gouvernance

De manière à suivre et comprendre les évènements qui se déroulent à Auroville en ce moment, nous mettons à votre disposition divers liens. Le premier est un lien vers un livret très intéressant qui explique comment est née la Loi de la Fondation d’Auroville ( Auroville Fundation Act).
L’accouchement en un temps record de cette loi, écrite le 20 août et votée le 5 septembre 1988, à l’unanimité par le Parlement indien, tient du miracle, et donne un statut légal à Auroville après presque 10 ans de lutte avec la puissante SAS (Sri Aurobindo Society). L’histoire, passionnante, est
racontée à l’occasion d’une conférence du Pavillon de France en janvier 2010, par Alain Bernard, aurovilien de la première heure et ayant suivi toutes les étapes jusqu’au vote de la loi. Les protagonistes sont multiples, et appartiennent aux plus hautes sphères du pouvoir : le premier ministre Rajiv Gandhi, le grand industriel indien J.R.D. Tata, Narasimha Rao, ministre des Affaires Étrangères et bien d’autres, et surtout son auteur, Kireet Joshi conseiller en éducation auprès du gouvernement indien, disciple de Mère et de Sri Aurobindo grâce auquel Auroville a de justesse acquis un statut légal.
Ce cahier détaille aussi les différents organismes qui dirigent Auroville et leurs attributions : Conseil d’Administration, (Governing Board), Conseil Consultatif International d’Auroville (International Advisory Council), Assemblée des Résidents (Residents Assembly) Comité de Travail (Working Committee) Secrétaire de la Fondation (Secretary of the Auroville Fundation).
Maintenant que se passe-t-il aujourd’hui ? Comme nous l’avions écrit il y a 6 mois, la communauté est traversée par une profonde et ancienne division concernant le développement de la ville. Le secrétariat de la Fondation et le Governing Board sont désireux de commencer la ville dans une année symbolique marquée par le 150ème anniversaire de la naissance de Sri Aurobindo. Ils sont soutenus par un petit groupe d’Auroviliens exaspérés par tant d’années sans voir le démarrage de la ville-galaxie, et souhaitant donner un coup d’envoi décisif aux travaux.
Le gouvernement indien, qui a permis à cette expérience unique au monde de voir le jour dans son pays, s’impatiente de la voir grandir. La majorité des auroviliens, souhaite la ville, mais veut avant de commencer des travaux impactants réaliser le plan de développementdétaillé de la ville. Une ville comme une galaxie certes, mais qui doit tenir compte des réalités physiques, socio-économiques, environnementales d’aujourd’hui.
Au-delà de ce conflit sur le développement de la ville, une autre question a surgi concernant la gouvernance d’Auroville. Qui décide ? L’Assemblée des Résidents, laquelle, selon l’Auroville Fundation Act, est légitime ? Le Governing Board ? quel rôle tient le Conseil Consultatif International ? Le rôle du secrétariat de la Fondation n’est-il pas de s’assurer que les procédures légales de l’Inde soient respectées et non pas de prendre des décisions ?
Une affaire judiciaire basée sur l’allégation que les membres sélectionnés du nouveau Working Committee, par la dernière RAD (Residents Assembly Decision), ne seraient pas des membres légitimes et empêcheraient ceux qui ont été licenciés d’exercer, est en cours de jugement par la Haute Cour de Madras. Cette question, qui va être examinée par les juges, permettra de reconnaître la position et le rôle de l’Assemblée des Résidents selon l’Acte de Fondation d’Auroville et donc la légitimité de son Comité de
Travail (WC) dûment sélectionné.
Le Comité de Travail n’est pas le seul mis en cause. Pour faire simple….
L’Assemblée des résidents est constituée d’auroviliens et c’est elle qui est en droit de nommer les auroviliens qui feront partie de certains groupes travaillant dans des domaines particuliers.
Au fur et à mesure de son développement, l’Assemblée des résidents s’est dotée de plusieurs groupes dans le but d’aider à l’organisation et à la gouvernance d’Auroville en complément du Working Committee – initialement prévu dès l’Acte de la Fondation d’Auroville pour réaliser l’interface entre le Governing Board en tant que représentant de l’Inde et l’Assemblée des résidents en tant qu’acteurs engagés au quotidien dans le projet d’Auroville. Aujourd’hui, tous les groupes élus par l’Assemblée des résidents ne sont pas reconnus par le Secrétariat de la Fondation et par le Governing Board qui ont pris l’initiative de dupliquer les groupes de travail en nommant d’autres membres de leur propre côté : FAMC, ( Fund and
Asset Management Committee ), WC ( Working Committee), ATDC ( Auroville Town Development Committee ). Par ailleurs d’autres services sont passés sous contrôle de la Fondation : Outreach Media, Auroville Archives, Auroville Multimedia Center, ACUR (gestionnaire du Town Hall), le Cinema Paradiso etc.
Cette crise met en lumière la grande difficulté à se mettre d’accord.
Comme le disait la Mère « Mettez-vous tous d’accord et que cela ne devienne pas une religion ! ». C’est la grande difficulté humaine, que l’on retrouve partout dans le monde, au travers de multiples conflits qui
pourraient se résoudre si tant soit peu chacun voulait bien sortir de ses souffrances, de ses représentations culturelles, de ses intérêts égotiques.
Les jeunes auroviliens, de 30 à 40 ans dans cette crise font preuve de maturité : il ne s’agit plus de se battre contre quelqu’un à l’extérieur, ce qui amplifierait la division, mais d’observer, de s’intérioriser pour s’unifier
à la partie la plus consciente et la plus élevée de l’être. Beaucoup ontconscience d’être à Auroville pour faire un travail sur « les imperfections et les faiblesses humaines » c’est pourquoi dans le deuxième article de la Charte, la Mère parle « d’éducation perpétuelle ». Nous avons confiance qu’un grand bien sortira de cette phase.
Nous, le conseil d’administration d’Auroville International, France nous nous soucions profondément d’Auroville et des possibilités qu’elle incarne.
Bien que nous ne prétendons pas avoir un mot sur sa gouvernance, n’étant pas auroviliens, nous sommes guidés dans notre soutien à Auroville par les principes suivants :
1) Nous rendons hommage à Sri Aurobindo et à la Mère, les fondateurs et les guides d’Auroville, ainsi qu’à l’Inde pour avoir accueilli leur vision. Nous respectons les lois du gouvernement indien.
2) La Charte d’Auroville est la seule ligne de conduite à suivre par chacun(e). Nous croyons que le chemin vers l’unité sera rendu possible par une collaboration active et un respect mutuel. Nous nous efforcerons d’incarner nous-mêmes ces valeurs et d’offrir notre soutien aux initiatives qui y sont conformes.Il est écrit dans l’Auroville Foundation Act « Il faut s’assurer que la liberté des habitants d’Auroville ne soit pas enfreinte et qu’ils soient libres de développer Auroville selon la Charte d’Auroville ».
3) Nous reconnaissons comme inestimable le travail innovant et inspirant réalisé par de nombreux projets à Auroville, et nous continuerons à soutenir ces projets. Depuis 54 ans, Auroville a planté les bases d’une nouvelle société, a su régénérer le milieu physique cherchant des modèles de vie sociale, culturelle et
économique conformément à la Charte.
4) Nous sommes confiants dans l’avenir, qui débouchera sur une résolution de cette crise, d’où nous sortirons grandis en humanité.
Et pour terminer, n’hésitons pas à nous référer au père de la Loi : Kireet Joshi.
Dans sa conférence du 19 juillet 2003, sur « l’autogestion à Auroville, self governance » il écrit la chose suivante :
« La Charte d’Auroville dit que vous devez être « un serviteur volontaire de la Conscience Divine ». Le Conseil d’Administration est une partie de la Conscience Divine, l’Assemblée des Résidents est une partie de la Conscience Divine, le Conseil Consultatif International est une partie de la Conscience Divine et plus que cela. Où que vous vous tourniez, le Divin existe et sourit. C’est l’objectif de cette loi. Mais il y a un danger. Je vous ai dit dès le début, quand je suis venu ici, que bien que l’action arbitraire puisse être éliminée, cela peut signifier une lutte. Des actions arbitraires peuvent être prises. Personne ne peut arrêter l’action arbitraire de quiconque. Dans ce monde, chacun peut agir comme il l’entend. Après, les conséquences viennent plus tard. C’est pourquoi j’ai dit dès le début :
cette loi doit être traitée de manière très délicate. J’ai dit : « Vous organisez Auroville de telle manière, vous établissez l’harmonie de telle manière, vous évitez les querelles de telle manière qu’il n’y a pas d’occasion pour leconseil d’administration d’agir, sauf pour vous aider et être aidé. Et c’est là où nous en sommes aujourd’hui. »

A écouter sans modération, cette conférence en anglais :

 et lire la traduction en français : https://mcusercontent.com/99990b2a356982775c4057f7b/files/97827d23-edd7-fab4-6908-5b735f37560e/AUTOGESTION_a_Auroville_._Traduction_de_finitive_97_.pdf

 Loi sur la fondation d’Auroville :https://mcusercontent.com/99990b2a356982775c4057f7b/files/ab5d14e2-e614-5de2-7783-414dcc49bcf6/Alain_Bernard_AFA_.pdf

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